Maryse Condé

Portrait d’une grande dame

Journaliste, professeure de littérature et écrivaine d’expression française, elle se revendique depuis toujours une « Guadeloupéenne indépendantiste ». Grande dame des lettres francophones, Maryse Condé retranscrit dans ses oeuvres la pensée post-coloniale et féministe contemporaine.

Elle y raconte la vie des femmes antillaises dont elle fait partie, ainsi que ses découvertes des cultures africaines et américaines. Un melting pot qui se reflète parfaitement dans la personnalité de l’écrivaine.

Prise de conscience

Tout a commencé lorsqu’elle a réalisé qu’elle était « Noire », au sens culturel du terme. Ayant grandi dans une famille aisée, au sein d’un foyer confortable à Pointe-à-Pitre, elle n’avait jamais vraiment entendu parler d’esclavage jusqu’à son arrivée à Paris l’année de ses 16 ans. Sortie de son cocon de bourgeoisie familiale, elle a vite compris ses origines et l’identité qui allait avec. L’oeuvre d’Aimé Césaire, le « Discours sur le Colonialisme », l’a grandement aidée dans sa quête identitaire. C’est comme cela qu’elle s’est rendue en Afrique, à la recherche de réponses pour reconstituer l’Histoire qui avait débuté plusieurs siècles en arrière avec les ancêtres emmenés en esclavage.

Affirmation

Cependant, elle s’est rapidement opposée a concept de la négritude et répète souvent que « il n’y a pas d’ancêtre fondateur, il n’y a que le bateau négrier ». Par là, elle entend que ceux qui ont la peau noire ne sont nègres qu’à travers le regard des Hommes blancs.

C’est à la sortie de son premier livre, « Ségou » (1984 & 1985), récit presque autobiographique de sa vie en Guinée, que sa notoriété naît. Cette oeuvre romancière en deux volumes sera en quelques sortes une déclaration d’amour à l’Afrique et une libération sur les questions qu’elle se posait.

Maryse Condé s’est ensuite tournée vers les Antilles pour entamer une nouvelle page d’écriture. Elle met en scène les tensions sociales entre les grandes familles caribéennes dans « La Vie Scélérate » ; elle parle de la résistance anti-impériale dans « Moi, Tituba, Sorcière » ainsi que dans « La Migration des Coeurs » ; elle témoigne de la vie antillaise qui tend à se redéfinir dans « Desirada, Pays Mêlé ».

Tituba, Rosélie, Célanire et Victoire, des femmes fragilisées par les vices de la vie et du monde qui tentent inlassablement d’affirmer leur liberté et de reprendre le contrôle de leurs destins. Maryse Condé les fait vivre et évoluer à travers ses récits à mi-chemin entre biographie et fiction. Ces romances lui permettent ainsi de mieux se connaître et d’en apprendre également sur deux femmes qui ont quitté sa vie trop tôt : sa mère et sa grand-mère.

Consécration

Atteinte d’une maladie dégénérative aujourd’hui, elle a écrit son dernier roman il y a trois ans, s’inspirant de l’actualité. « Le Fabuleux et Triste Destin d’Ivan et Ivana », une histoire qui anime des jumeaux nés d’une union entre une Guadeloupéenne et un Malien. Ivan part alors à la recherche de son père en Afrique et se retrouve embrigadé dans la radicalisation islamique. L’histoire puise son inspiration dans les terribles attentats terroristes qui se sont déroulés à Paris en janvier 2015. Parmi la série d’horreurs qui ont été commises ce jour-là, une policière antillaise a été tuée à bout portant par un jihadiste malien. Incarnés en Ivan et Ivana dans son récit, Maryse Condé dénonce le mythe de la négritude qui est définitivement mort lors de ces événements. Elle explique alors qu’une telle violence ne se soucie guère de la couleur, ni des sentiments, ni d’une quelconque solidarité interraciale.

Accomplissement

Aujourd’hui, Maryse Condé est considérée comme une conteuse hors-paire des turbulences du monde contemporain. Sa contribution pour les lettres et l’art intellectuel a été récemment récompensée par sa distinction au prix Nobel alternatif.

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